Archive pour octobre, 2008

La terreur du centre aéré

Nathounet est allé au centre de loisirs pour la première fois de sa vie, hier. Un test pour voir s'il était prêt pour aller à l'école toute la journée en janvier: évaluer son degré de sociabilité,  voir s'il accepte de prêter les jouets sans rechigner, s'il sait rester tranquille à table le midi, s'il ne fait pas le fanfaron pendant la sieste, s'il ne tabasse pas le plus petit du groupe à la récré, ni ne lui enfonce la tête dans la cuvette des chiottes dès que la maîtresse a le dos tourné.

Je sentais que c'était mal barré, vu la comédie qu'il m'a jouée le matin en le déposant. Je ne lui connaissais pas de tels dons d'acteur…Pas question que je cède, j'ai un RDV de la plus haute importance (chez le coiffeur) que je ne peux annuler sous aucun prétexte.

Quand je suis venue chercher mes enfants le soir, chacun me montre ce qu'il a confectionné dans la journée: un totem d'automne pour la grande, des objets non identifiés sculptés dans du plâtre pour le second que tu dois faire fonctionner ton imagination pour deviner de quoi il s'agit, et le dernier, Nathounet, qui n'a rien fait, pas même un dessin; mais ce n'est pas grave, je suis soulagée de voir que:

1. il porte le même pantalon que le matin. Pas de pipi ni de caca à déplorer dans la culotte ou dans le coin des jouets.

2. aucun des autres enfants, à vue de nez, ne me paraît borgne ou éventré.

… Jusqu'à ce que je vois la joue de l'animatrice du centre aéré.

” Il a d'la force votre fils!” qu'elle me dit.

J'ai pas osé la prévenir qu'il y retournait dans deux jours.



Classe 8

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans…”

Classe 8, me revoilà !

Ca fait bizarre dis donc de revoir ses copains d'enfance 10 ans, puis 20 ans plus tard. La dernière fois qu'on s'était réunis, on fêtait nos 20 ans, on était jeunes et cons.

(Enfin, surtout eux)

Avec quelle impatience j'ai attendu ce samedi ! Je me projetais déjà mentalement les retrouvailles, “Tiens, salut toi! T'as pas changé !” (à part cette calvitie qui te donne l'aspect d'un crâne d'oeuf.) 

(Oui, je suis garce. Et je l'assume!)

“Et toi, reine de la cour du CM2, tous les mecs en pinçaient pour toi ! Vu les poches que t'as sous les yeux, t'as bien profité de  la vie, à ce que je vois!”

“Hey, Calculatrice! Si je m'attendais à te voir là ! (oui quand même un ptit peu, en fait). Je constate que t'es toujours égal à toi-même et à tes boutons d'acné !”

Ben finalement, grosse déception à l'arrivée devant le point de ralliement: j'étais la seule trentenaire. Par contre, les 50 et les 60 ans étaient en force! Y'en a qui n'ont que ça à foutre de se retrouver le samedi après-midi: les retraités et les fonctionnaires ! 

 C'était bien la peine que je m'achète cette nouvelle robe marron, j'aurais été plus “in” si j'avais emprunté une robe à Mémé ainsi que sa gabardine (sans oublier le petit sac en plastique sur mes cheveux)

Ayant payé 6 mois à l'avance, il m'est impossible de me désister parmi ce club du 3ème âge (pardon môman si tu lis ça, 50 ans, t'es jeune, t'es dans la fleur de l'âge, t'as encore la verve d'Armande Altaï et la forme olympique du PSG…)

 D'ailleurs, voilà qu'arrivent en renfort 3 trentenaires, avec qui je me querellais régulièrement en récréation. Ca me fait trop plaisir de les revoir ! Le temps n'a pas eu trop de prise sur eux, si ce n'est que je ne les aurais jamais reconnus dans la rue, à part peut-être Mike qui porte la même veste vert-brocoli depuis 10 ans. Ah, et le même pull aussi (collection automne 1987).

 Alors bien sûr, la question qu'on meurt d'envie de se poser les uns les autres, c'est “tu fais quoi? t'es marié(e)? T'as des chieurs ? Ils ont quel âge?” A part Mike qui n'a jamais “trempé le pinceau”, les 2 autres ont trouvé l'âme soeur, et semblent plus heureux que jamais.

Une que j'ai  nettement moins de plaisir à revoir, c'est L.N. La Naze. La Nabot. La Nulle. La Nouille.

Vous devez me trouver sévère envers L.N. Je ne le suis point. D'ailleurs, elle n'a rien à foutre ici, elle n'est même pas de la classe 8, c'est juste pour pouvoir figurer sur la photo de groupe! La soixantaine, L.N est aussi la commère du village, celle qui va casser du sucre dans ton dos auprès des voisins et te fendre un sourire jusqu'à la racine des cheveux en face de toi. Qu'est-ce qu'elle a pu en dire des saloperies sur Untel ou Unetelle (un peu comme moi en ce moment sur ce blog !!!)

Alors dès qu'elle me voit arriver de retour au village, moi devenue adulte et maman, alors que la dernière fois qu'elle m'a vue, je devais encore avoir l'âge de fourrer du coton dans mes soutifs, elle manque de s'évanouir. (Bon, pas tant que ça en fait, c'est juste que j'avais envie de rajouter du sensationnel dans mon article. La vérité, c'est que d'une:elle m'a à peine reconnue. Et de deux: je n'ai jamais eu besoin de me fourrer du coton dans le soutif)

D'ailleurs, quand tu te présentes, tu ne dis pas “je suis Kinou”. Tu deviens anonyme, il faut te présenter en disant “Je suis la fille de Madame Kinou-Mère” (celle là-même que as démontée à coups de râgots dans le dos)

Bon, pour résumer un peu plus vite (car j'ai pas non plus envie de passer la nuit à écrire cette note, hein, t'es bien gentil, mais Kinou, elle a envie d'aller jouer à “Qui veut gagner des millions” sur la Nintendo DS de sa fille, avant de dormir), la soirée au restaurant fut très agréable, le dîner succulent, j'ai même été invitée à jouer à un jeu où on te fourre un bouchon de vin dans le gosier et que tu dois répéter au micro  ”y'a le vilebroquin de mon tracteur qui est cassé”. Hou, quelle ambiance mes amis, j'en peux plus! Allez, 22h10, je vous salue tous bien bas, et à dans 10 ans !

classe82.jpg 

 Ps: moi je suis celle en haut, dernière rangée, 4ème personne en partant de la gauche. Et devinez il est où le Mike? (reconnaissable à sa veste couleur purée de flageolets…)

Chienne de vie- Part 2

Et on continue avec la série de bad luck: je me suis cassée la figure dans les escaliers.

Bah, ce n'est rien, c'est déjà arrivé à Monsieur Toutlemonde.

J'aurais juste préféré qu'il n'y ait pas 20 paires d'yeux derrière moi.

Et encore moins que ces yeux appartiennent à mes élèves…

 

Chienne de vie

La semaine commence comme elle s'est terminée:

MAL.

Déjà parce que dimanche, j'ai offert à ma fille un poisson combattant, tout beau avec ses couleurs bleu et violet. Seulement, ils auraient pû prévenir chez Truffaut qu'il était dépressif ce con de poisson ! Y'a pas idée de faire des bonds dans l'aquarium et d'atterrir à côté, sur l'étagère. Le pauvre, il n'a pas dû supporter le mode de vie de Kinou et sa tribu, des cris de ses mioches, pôf même pas 24h après l'achat que le poisson a préféré se suicider.

Paix à son âme et à ses nageoires.

Le pire, c'est qu'il est quasiment mort sous les yeux de mes enfants et moi, en rentrant de l'école. Quelques frétillements indiquaient qu'il n'était pas encore tout à fait clamsé, le bidulle.

- Mamaaaaaaan, fé quekchooooooz !”criait désespérément ma pépette.

Tu veux pas non plus que je lui fasse du bouche à bouche à ton poisson ? Et encore moins question de prendre ta chose visqueuse crevée dans mes mains.

Bref, le temps de trouver des gants en plastoc dans mon bordel que la pauvre poiscaille était bonne à visiter les canalisations de mes chiottes, sous les larmes de Niagara de ma fille. Je suis bonne pour en racheter un autre.

Nathounet, pour sa part, a été à l'école une matinée, histoire de s'adapter progressivement.

- Ca s'est bien passé? que je demande puérilement à la maîtresse.

- Oui, dans l'ensemble.

C'est à cet instant que j'aurais dû lui couper la chique à l'instit, en disant:

- OK, cool, bye et à la semaine prochaine !

Ca m'aurait évité d'avoir à entendre:

- Hormis le fait qu'il a baissé son pantalon pour faire caca dans le coin jouets, et que tous les autres petits ont marché dedans.

Bientôt, je serais convoquée chez la directrice que ça ne serait pas surprenant au rythme où il enchaine les bêtises.

- Il n'est toujours pas propre? poursuit la maîtresse.

Nan mais elle croit quoi, celle-là???! Bien sûr qu'il est propre mon Nathounet.

C'est juste que j'ai omis de lui préciser qu'il lui arrivait encore quelques fois de faire caca dans ma voiture puis qu'il escladait les sièges, histoire de bien en étaler uniformément dans tous les coins et recoins de la zafira.

Mes élèves non plus ne sont pas en reste. Ce matin, en arrivant dans mon collège de cas soss spécialisé, je fais l'appel et note les absents. C'est avec 35 minutes de retard que se pointe Ryan, sans frapper ni s'excuser, la bouche en coeur, la démarche chaloupée d'un coq castré. Il marque un temps d'arrêt quand il arrive à hauteur de mon bureau pour y déposer son billet de retard, puis il s'exclame aux autres:

- 'tain,  comment elle est trop bonne la prof aujourd'hui !

Bien sûr, je lui ai administré 2 heures de colle, non pas pour le “bonne”, mais pour le “aujourd'hui” qui était en trop, à mon goût.

Et quand arrive le soir, moment de détente tant attendu, et que je couche mes ptits loups après leur avoir raconté une histoire, Mimi, fiston number two, s'énerve quand sa mère éteint la lumière et exige le silence. Ce soir, je n'aurai pas le droit à un “Bonne nuit maman, je t'aime. Est-ce que t'es ma copine?”, mais plutôt à un “ka gueûle!”

Purée, ça sert à quoi de payer des séances d'orthophoniste qui coûtent la peau des fesses s'il n'est même pas capable de dire des gros mots correctement ?!

( Rassurez-vous, je prend très à coeur mon rôle de mère et sachez que Mimi a reçu une punition à la mesure de sa grossièreté. A l'heure qu'il est, il a actuellement rejoint le poisson dans les canalisations. Ben oui, depuis que la fessée est interdite, il a bien fallu trouver autre chose !)



Facebook

Facebook, c'est formidable, génialissime pour retrouver ses anciens copains.

Hier, j'ai retrouvé avec une certaine nostalgie une copine de lycée. Qu'est-ce qu'on avait pu se fendre la poire en cours d'allemand en se foutant de la prof !

A l'époque, je ne savais pas que le jour viendrait où je serai moi aussi source de moqueries ou autres caricatures sur les pupitres en bois, entre deux chewing-gums collés.

Aussi, j'ai tout naturellement demandé à ma copine de lycée de devenir mon amie facebook, ce qu'elle a (heureusement) accepté. Puis, je scrutai plus en détail la photo de son profil, histoire de me rassurer qu'il n'y avait pas que moi à prendre des rides. Et là, qu'aperçois-je?? Un petit ventre arrondi qui doit cacher un mini bébé facebook d'au moins 4 mois. Je lui envoyai ce petit commentaire:

“Mais…mais…mais…tu attend un bébé ??! (rassure-moi, c'est bien un bébé et non des litres de bière? ;) ) Congratulations ! (je ne sais plus comment on dit en allemand …) bizz et à bientôt”

Alors déjà, moi dans un premier temps, j'étais super contente de ma petite note humoristique faisant référence à nos cours d'allemand. J'avais failli ajouter “toute façon, pour ce qu'on avait appris avec l'autre vieille peau de vache !” mais on ne sait jamais des fois que cette vieille prof acariâtre soit inscrite sur facebook elle aussi…C'est sûr, ma copine pourra se dire “arf, quel humour cette Kinou, elle n'a pas changé !”

Puis, je me rendis compte de la faute d'orthographe: l'oubli du S. Merde, ça la fout mal pour un prof ! Bah au pire, si elle a le culot de me le faire remarquer, je pourrai toujours lui dire que c'était parce que j'étais submergée par l'émotion (et après, je l'efface de mes contacts).

Cette faute d'orthographe, quoique contrariante, ne m'a néanmoins pas empêché de dormir. J'eus même l'agréable surprise au réveil de lire un message de ma copine:

“coucou!
non je suis pas enceinte mais c pas la biere non plus !!c vrai que sur la photo c pas terrible ,on voit mon bide sniff… “

Ouaich…c'est vrai, j'ai pas changé, toujours cette même Kinou qui gaffe comme pô possible !

Télé-achat

Je mène une vie tellement speed que parfois, j'aime prendre le temps de me poser et de réfléchir au pourquoi et au comment des choses, de m'émerveiller devant l'ingéniosité du lave-vaisselle ou de la fonctionnalité d'une poubelle à pédale.

Mais il y a bien une question qui me taraude l'esprit concernant la réelle utilité d'un objet en particulier, à savoir :

A quoi ça sert un homme ???

 Mon mien d'homme s'appelle “Anticyclone des açores”, des fois, j'ai l'impression de vivre avec un courant d'air, c'est à peine si on se croise, et quand on se croise, est-ce qu'on se voit réellement ? Comment c'est la vie de couple quand tu partages ta vie avec la même personne depuis des années : es-tu toujours en admiration devant elle à en perdre ton dentier ? Ressens-tu toujours ce besoin irrépressible de lui tenir la main, d'être auprès d'elle? Ou le temps estompe t-il les sentiments au point que tu souhaiterais devenir un meuble car lui au moins se fait caresser quand tu l'époustes ? Et pourquoi sommes-nous des éternels insatisfaits de ce que l'on a alors que ce qu'on a est déjà très bien…

Et c'est bien là que le cerveau de l'homme et la femme diffèrent: l'homme est plus rationnel, concret, terre à terre, il voit le fonctionnel là où la femme voit le rêve, le romantisme, l'idéalisme.

Quelle femme n'a jamais rêvé d'acheter un homme au téléachat, mais attention pas n'importe quel homme, non, mais l'Homme avec un H comme Hormones. Un homme viril qui nhésiterait pas néanmoins à troquer son jean moulant en rentrant de vous avoir tondu la pelouse torse nu, contre une feuille de vigne pour vous faire la vaisselle en tenue d'Adam.

mm~mm…

J'imagine déjà la pub sur téléachat:

” Femme, tu es bordélique, flemmarde et excessivement chiante ?

Ne t'inquiète plus, nous avons pour toi l'arme ultime à ton mauvais caractère: WonderMan. WonderMan ramassera les chaussettes qui traînent dans le canapé, te fera un massage thaïlandais quand tu rentreras du travail, mais en plus, WonderMan t'accompagnera à H§M, Cache-Cache, Pimkie, Camaïeu, sans te réclamer en contre-partie de l'accompagner à Leroy Merlin, Castorama, ou Bricodépôt.

WonderMan est le gadget qu'il te faut ! Compact, tu peux l'emmener où bon te semble, livré avec une laisse qui fait clé USB, plus besoin de surveiller qu'il ne file une autre femme. Pour les regards en coin, nous vous proposons des oeillères en strass pour un euro de plus.

Programmé pour supporter les cris d'enfants dépassant les 50 000 décibels, WonderMan emmènera tes loustics au foot, se chargera des devoirs le soir, mais aussi du bain, du coucher avec option “lecture avant dodo” (offre exclusive sur le modèle WonderManNecPlusUltra).

 Alors n'hésite plus femme, et saute sur ton téléphone au 08 000 123 000 et tape le code avantage WOUAICH pour bénéficier d'une réduction avantage client (offre non cumulable avec d'autres promotions)

WonderMan existe aussi en modèle enfant, commercialisé sous la marque WonderGosse Un WonderGosse acheté= une ablation des cordes vocales offerte.”

Ca vaudrait le coup de dégainer sa Mastercard et de commander, non ?!

PS: à noter que le modèle “femme parfaite” n'est pas commercialisé puisque je suis un prototype déposé et unique.

(et heureusement…)

Le rectorat, ou l’art de se foutre de ta gueule

Il y a un an, j'ai effectué un remplacement dans un lycée, remplacement qui s'est terminé le 16 février dernier, il y a 8 mois. J'attends toujours mes indemnités de frais kilométriques pour cette période, dont le montant avoisine un mois de salaire, ce qui n'est pas négligeable, surtout quand on a vu la collection automne-hiver de chez Cache-Cache.

1er coup de fil au rectorat en mai:

- Allô, madame Laconne? Oui, bonjour, c'est madame Kinou. Je me demandais, au sujet de mes indemnités, c'est normal que je n'ai toujours rien reçu?

- (elle, pas contente que tu l'interrompes en pleine séance manucure): oui, ne vous inquiétez pas, il faut compter 3 mois avant que le virement ne soit réalisé.

- (moi, pas trop conne normalement) Oui, donc, je devrais avoir déjà reçu ça.

- (elle, soupirant comme un boeuf en rût) Faut patienter, hein, ça ne va pas tarder.

2ème coup de fil, début juillet:

- Allô madame Laconne?

- (elle, vexée d'être interrompue alors qu'elle faisait des photocopies de ses fesses): Oui, c'est elle-même.

- Bonjour, c'est madame Kinou. Au sujet de mes indemnités…

- Faut patienter.

- Ah oui, seulement voilà, t'es gentille, hein, mais ça fait déjà deux trimestres que je poireaute, connasse.

Bien sûr, moman Kinou ne m'aurait pas autorisée à parler ainsi, je me suis juste permis d'insister gentiment.

- D'accord, j'entends bien, mais j'avoue que ça parait curieusement long là quand même. (traduction: y'a un truc qui cloche ou t'essaies de m'entuber, pour être polie)

- (gros soupir) Attendez, je vais regarder sur mon écran (se déconnecte du site de la Redoute) Ah oui, c'est étrange, il y a un formulaire qui ne nous a pas été retourné par votre chef d'établissement. Appelez-le, dites-lui de nous le renvoyer, et la mise en paiement se fera automatiquement. Mais pas avant octobre car là, on ferme pour les vacances.

- Ok, merci.

3ème coup de fil, mardi dernier:

- Allô madame Troconne?

- (elle, mécontente d'être interrompue dans sa confection de colliers en trombonnes) Non, c'est madame Laconne.

- Ah oui, c'est vrai. C'est (encore) madame Kinou et c'est (encore) au sujet de mes indemnités.

- (elle, toute mielleuse) Oui, oui, madame Kinou, je pense à vous, ne vous inquiétez pas, je ne vous oublie pas.

- Quand est-ce que je pourrais espérer toucher ma prime?

- Je m'en occupe, mais avant j'ai un truc plus important à terminer, mais après c'est promis, je gère votre dossier. C'est juste que j'ai pas pris le temps, j'avais d'autres trucs à régler avant.

- Très bien, retourne jouer avec ton agrapheuse. Et merci pour tout.

Connasse.



I’m too sexy for my culotte

Ado, j'adorais accompagner en juillet ma grand-mère lilloise à des voyages à l'étranger.

Soit.

Ce n'était pas exactement des “voyages” à proprement parler, mais plutôt des excursions publicitaires en Belgique ou en Hollande, où:

-  tu prends le car très très tôt le matin. Même les poules, elles dorment encore.

- arrivée dans le car, tu te rends compte que c'est le club des retraités en force. Que des cheveux blancs, partout, sur la rangée de gauche, idem sur la rangée de droite, on se croirait dans une bergerie avec toutes ces mamies et leurs mises en pli.

- débarquées en Belgique (mouais…en fait, on t'as déposée dans un coin paumé juste après la frontière franco-belge), on te conduis dans une salle où tu dois assister pendant toute la matinée à une vente animée par un vendeur dont l'humour égale celui d'une fourmi ouvrière. Impossible d'échapper à cette vente forcée de matelas anti acarien et qui te rajeunit de 15 ans vendu pour la modique somme de 30 000 francs, ni cette veste en peau de mouton à 2000 francs que tu dirais, vue de loin, qu'on a collé des poils de cul. Je regarde les mamies autour de moi du coin de l'oeil: elles sont subjuguées par le bagout de ce pseudo vendeur de médeux.  J'adresse un regard entendu à ma grand-mère: T'inquiète Mémé, je veille sur toi (et sur ton chéquier) En voilà un qui ne t'arnaquera pas, parole de Kinou!

En fait, une fois la vente terminée, on te sert enfin à manger (une assiette de charcuterie), puis tu es conviée à remonter dans le car pour t'emmener dans une grande ville où tu disposes d'un moment de “quartier libre” pour visiter ou faire des emplettes avant le bal musette.

N'empêche, avec Mémé, on aimait bien ces “racket voyages”, on se promenait bras dessus, bras dessous, un cornet de frites à la main, ou se foutant de la gueule du vendeur de matelas qui avait mal placé sa perruque de côté.

Puis, il y eut LE voyage.

Celui où j'ai eu mon 1er coup de foudre, celui où j'ai eu honte comme jamais, celui dont le souvenir est resté inaltérable même 15 ans plus tard.

Dans le car qui nous emmenait à Ostende, je vis un intrus: une tête brune sans un moindre cheveu blanc s'était fourvoyée parmi la rangée de droite. Il s'agissait d'un jeune de mon âge qui accompagnait sa mémé lui aussi! J'adressai une prière mentale de remerciement à Dieu tandis que Mémé me racontait pour la énième fois les dernières vacheries de sa voisine, Mme Jean.

 Par chance, j'avais mis ce jour-là ma plus belle jupe que Mémé m'avait offerte pour l'occasion. Et elle avait du goût Mémé en matière de vêtements: une belle jupe longue (bon je l'aurais volontiers raccourcie au dessus du genou si je n'avais pas craint que Mémé ne fasse un infarctus en me voyant ainsi court vêtue), brodée dans le bas, mignonne comme tout.

Avec une jupe pareille, si le ptit brun du 3è rang, il ne craquait pas, c'est qu'il a de la merde dans les yeux ! Qu'est-ce qu'il me tardait d'être au soir, je n'ai jamais été aussi pressée de ma vie d'assister à un bal musette !

Cependant, à l'époque, je dois l'avouer, j'étais nettement plus forte, et donc ce qui était bien pratique avec cette jupe, c'est qu'elle cachait bourrelets et autres poignées d'amour. Et surtout, avec la chaleur de l'été, la transpiration me causait de douloureuses plaques rouges de frottements entre les cuisses. Pour me soulager, je n'avais rien trouvé de mieux que de nouer des torchons à vaisselles autour des cuisses afin d'éviter le frottement. Des torchons couleur jaune poussin (on s'en fout, ça ne se voyait pas sous la jupe)

Sauf que…

Comme d'habitude, je profitais de la vente-arnaque de la matinée pour aller aux toilettes.

Et devinez qui attendait patiemment son tour quand je sortis des chiottes? Oui, le beau brun, effectivement.

Et devinez qui avait sa jupe coincée dans la culotte, arborant de jolies cuisses dodues enroulées dans des torchons canaris?…

Et devinez qui aurait voulu demander à Dieu qu'il la transforme tout de suite en ver de terre pour qu'elle aille se cacher loin du beau brun et de ces chiottes maudites?…

Rassurez-moi, dites-moi que vous avez connu “plus pire” comme situation…